Cornus, Aveyron, France.

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La notice Wikipédia consacrée au grand homme né à Saint Affrique et qui a donné son nom à une artère de Cornus nous apprend qu’il n’était pas la moitié d’un mathématicien. On s’y reportera plutôt que d’obliger la rédaction du Cornussol à un  exercice de couper/coller qui en outre est très mal vu par les robots indexeurs de Google. Appuyez ici pour la biographie du grand homme. A noter, il était marié à une femme de lettres qui écrivit sous le nom de Camille Marbo, Marbo étant la contraction de Marguerite Borel. Elle fut adjointe au maire de Saint Affrique après la guerre et sa notice wikipédia existe aussi, la voici.
Et voici ce qu’écrivit du couple le curé Nicouleau, qui nous livre un témoignage direct dans son livre , tout en gardant ses distances car ils étaient, lui et sa femme, très socialistes et anti calotins.

« Je me souviens d’avoir rencontré Emile Borel dans des réunions électorales, en 1924 et 1928, à Belmont, mon pays natal. Si, à l’époque, je n’étais pas d’accord avec la plupart de ses prises de positions politiques, je dois dire que, comme beaucoup de jeunes de ma génération, j’étais fasciné par cet illustre savant, membre de l’Académie des Sciences, qui honorait notre Aveyron et la région de Saint-Aflrique – Cornus, en particulier.
En 1967, Monsieur le Maire de Cornus prit l’initiative de donner à la rue du château, où est située la maison Jacob, qui était la demeure d’été de Mme Borel (Camille Marbo), le nom de « rue Emile-Borel »  Bien sûr, avec l’ensemble des gens de Cornus, j’assistai à la cérémonie d’inauguration, qui fut présidéepar M. Louis-Alexis Delmas, Député de l’Aveyron.
A cette occasion, j’avais demandé à Mme Borel de retracer, pour les lecteurs de l’Echo, la carrière de l’illustre savant :
« Emile Borel est né à Saint-Affrique, où son père était pasteur protestant, en 1871.
 Il fit ses débuts scolaires à l’école libre protestante que son père dirigeait, puis poursuivit ses études à Louis-le-Grand. Il obtint le grand prix de mathématiques du concours général, la même année où il était reçu premier, à la fois à l’Ecole Polytechnique et à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm.
 Il choisit l’Ecole Normale, étant attiré vers la carrière scientifique pure et l’enseignement supérieur. Nommé, exceptionnellement tôt, dans les facultés (d’abord à Lille), il franchit vite les échelons : il devint vice-président du Conseil de l’Université de Paris, membre de
I Institut, correspondant de presque toutes les académies étrangères qui le décorèrent des plus hauts grades, directeur scientifique de l’Ecole Normale Supérieure.
 Ses ouvrages, traduits dans toutes les langues, y compris le japonais, traitent de la Théorie des fonctions (une vingtaine de volumes), puis du Calcul des probabilités (le hasard, etc.).
 En 1914-1918, territorial, il reprit volontairement du service actif, commandant une batterie du 88e lourd.
II obtient deux très belles citations et la croix de guerre.
 Elu, en 1924 , Député de l’Aveyron (mandat auquel il renonça en 1936), il est, deux fois, Ministre de la marine, devient Maire de Saint-Affrique et Conseiller général du canton de Cornus, jusqu’aux élections d’octobre 1951, où il ne fut pas candidat.
 On votait alors sur le plan département et non par arrondissement. M. Emile Borel était inscrit sur la liste de gauche, conduite par M. Raynaldy, maire de Rodez ; en 1928, on vota par arrondissement, et M. Borel fut député de Saint-Affrique, qui était le chef-lieu d’arrondissement.
Fait de la Résistance, en 1941-1945 et obtient la médaille de la résistance (emprisonné deux mois à Fresnes par les occupants).
 Grand Croix de la Légion d’Honneur, membre du Conseil de l’Ordre, intime avec les Présidents Doumer-gue, Lebrun et Auriol, qui le consultent souvent, il meurt en 1956, ayant spécifié son désir d etre inhumé à Saint-Affrique, après une cérémonie religieuse au temple, où son père officiait.
 Aussi sa veuve décline les obsèques solennelles, proposées à Paris, et c’est à Saint-Affrique, en février 1956, qu’ont lieu de magnifiques et émouvantes funérailles, au cours desquelles, ses compatriotes rendent un dernier hommage à celui qui aimait passionnément sa petite patrie, et sa ville natale à laquelle il se dévoua.
Emile Borel a été chargé de missions officielles dans le monde entier : près d’une année en Chine, missions répétées au Brésil, en Argentine, aux Indes, aux Etats-Unis, en Egypte, etc.
 Il a visité tous les pays d’Europe et a souvent professé dans leurs Universités, y portant ainsi la connaissance et l’amour de la France.

Voilà le texte que m’avait remis Mme Borel, que j’ai bien connue, à Cornus, où elle passait, en compagnie de Mme Juliette Jacob, deux à trois mois d’été, de 1956 à 1968. Nous étions voisins, et nos relations étaient bonnes ; le personnage du Curé, qui figure dans plusieurs de ses romans est, sans aucun doute, ressemblant avec ma modeste personne.
Car Mme Borel était femme de lettres. Son pseudonyme littéraire était Camille Marbo. Membre du Jury Femina, elle a écrit de très nombreux romans : l’action de plusieurs d’entre eux se situe à Cornus et dans la région. Je citerai La dame de Maison-Blanche et Clara
Fontaine, au sujet duquel le critique littéraire du journal La Croix écrivit ce qui suit :
« Elle a eu son heure de célébrité Clara Fontaine, les magazines publient encore sa photo d’actrice adulée. Elle rentre d’une tournée en Amérique du Sud, et au lieu de courir après les odeurs d’encensoir, elle découvre qu elle est grand-mère, la grand-mère d’une certaine Valérie, jeune demoiselle délurée, douée d’un tempérament impétueux, qui a quitté père et mère en claquant les portes, parce que cette famille bourgeoise de Chartres lui pesait. Malgré la différence d’âge et de mœurs, Clara Fontaine a beau faire, elle sympathise avec Valérie ; elle ne peut prendre le parti des parents contre elle, quand elle fréquente un garçon avec la liberté de sa génération.
« En regardant vivre la jeune hile, Clara a l’impression de voir renaître un double d’elle-même. Elle reconstitue sa propre jeunesse, fait des comparaisons.
« Elle a connu plusieurs hommes, et spécialement un médecin réputé, Armand, dont elle n’est pas vraiment séparée, bien que le divorce ait été prononcé, il y a plus de vingt ans.
« Clara et Armand, devenus très vieux, ne sont plus l’actrice et le don Juan, mais deux êtres sur le déclin. Ils se rejoignent pour entourer de leur affection indulgente la brûlante Valérie qui fait des ravages parmi les jeunes hommes.
« Dans Clara Fontaine, Camille Marbo aborde, par un détour perspicace, le problème des générations.
« On s’amuse et on s’attendrit devant la vieille dame. Roman peut-être un peu rapide, mais on y prend un plaisir piquant ; on aime ce style nerveux, ces dialogues qui font mouche, ces phrases brèves qui découvrent les âmes ». Clara Fontaine, de Camille Marbo, chez Grasset, 223 pages.
Mais le livre le plus connu de Camille Marbo, est A travers deux siècles. Souvenirs et rencontres (1883390 1967). Mme Borel avait eu l’amabilité de me l’offrir, avec cette dédicace :
<r Au curé-doyen Nicouleau, en témoignage de notre commun attachement à Cornus ». C. Marbo.
Cela me ht plaisir. J’ai lu et relu cet ouvrage de 380 pages, qui relate, bien sûr, quelques événements que je connais, mais qui m’apprend pas mal de choses. Il y a trois parties :
La première nous parle de ses familles, de son mariage, aussi du Rouergue et de Saint-Paul-des-Fonts.
La seconde partie, qui commence à la guerre de 1914, traite des élections, du rôle politique de son mari et des nombreux voyages dans le monde.
Avec la troisième partie, c’est le maire de Saint-Affrique, la guerre, l’occupation et la libération. C est enhn la mort de M. Borel et le dernier chapitre, consacré à Cornus, a pour titre : Juliette et Cornus.
Mme Borel devait mourir, peu de temps après la publication de ce livre, à l’âge de 86 ans, le 7 février 1969. Comme pour son époux, les obsèques eurent lieu au temple de Saint-Affrique, et l’inhumation au cimetière de cette ville, dont la défunte fut, pendant plusieurs années, maire-adjoint.