Cornus, Aveyron, France.

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En 1920, l’aven du Mas Raynal devint le siège d’études et d’observations pratiques fort importantes. A cette date, M. Victor Crémieu (1870-1935), ingénieur, s’en rendit acquéreur dans un but d’utilisation de force hydraulique et il installa sur l’abîme un monte-charge actionné par un moteur.
« En 1923, il voulut bien me convier à revenir visiter le gouffre. Les travaux de M. Crémieu dont il n’a malheureusement pas pu recueillir le fruit, n’ont pas encore abouti à la réalisation de ses idées », écrivait
E.-A. Martel en 1936 (Les causses majeurs, pp. 334-335). Et il ajoutait, p. 354 : « La société d’union électrique coloniale (Paris) a commencé l’exécution des travaux en 1930, profitant des études de M. V. Crémieu. Celui-ci avait décapé l’émergence et reconnu qu’elle sortait de bas en haut, dans le rocher en place (bajocien) fermant le seuil. Parmi les fentes de cette roche, il trouva une grande quantité de débris de monnaies de bronze dont une quinzaine avec les effigies de Néron, d’Antonin et sur une, le nom d’Agrippa, témoignage de l’antique culte des fontaines comme en Limousin (nous devons à M. Pierre Temple de savoir qu’une monnaie d’argent aurait aussi été découverte).
Ces découvertes ont été signalées par la carte archéologique de l’Aveyron par A. Albenque et par L. Balsan (A. Albenque, Inventaire de l’archéologie gallo-romaine du département de l’Aveyron ; L. Balsan, Grottes et abîmes des grands causses), page 59.
C’est donc de la source de la Sorgue, qui n’est que la résurgence de la rivière souterraine de l’abîme du Mas Raynal, que parviennent les soixante-deux monnaies en bronze que le fils de l’inventeur, M. P. Crémieu, à bien voulu confier aux auteurs (MM. J.-C. Richard et R. Guiraud), pour les publier. Sur ce total, vingt-six sont illisibles en raison de leur séjour prolongé au contact de l’eau, mais aussi par suite d’un nettoyage ancien à l’acide.
Il ne saurait être question de donner ici le catalogue de ces soixante-deux pièces de monnaies (les personnes intéressées peuvent se rapporter à l’étude des auteurs précités) ; je vais cependant en mentionner quelques-unes avec leur description et poids.
As de Nîmes. D : tête d’Agrippa et tête d’Auguste avec une couronne de laurier. R : crocodile et palmier. (12,70 g ; 24,5 mm ; 4 mm).
As d’Agrippa D : tête à gauche avec une couronne
M. Aggripa. R : Neptune debout à gauche tenant un dauphin à la main droite et un trident à la main gauche. (6,72 g ; 27,5 mm ; 2,5 mm).
As de Claude. D : tête à gauche. R : Minerve debout à droite, tenant un bouclier et une lance. (6,85 g ; 25 mm ; 2,5 mm).
(85-96) As de Domitien. D : tête à droite. R : la fortune à gauche. (9,67 g ; 28 mm ; 2,5 mm).
(98-117) As de Trajan. D : buste à droite. R : armes et bouclier. (7,54 g ; 27 mm ; 2,5 mm).
(117-138) As d’Hadrien. D : buste lauré à droite. R : l’annone <5> debout à gauche. (11,06 g; 25,5 mm ; 4 mm).
<5> Autrefois, à Rome, l’annone représentait un approvisionnement de vivres.(138-161) As d’Antonin le Pieux. D : tête à droite. R : personnage debout à gauche. (6,05 g ; 25 mm ; 3 mm).
(138-141) As de Faustine. D : tête à droite. R : personnage debout. (6,95 g ; 24 mm ; 3 mm).
As de Marc Aurèle (décembre 162 – automne 163). D : buste à droite. R : la santé debout à gauche nourrissant un serpent enroulé autour d’un autel et tenant un sceptre. (7,30 g ; 24,5 mm ; 2 mm).
Avec la nomenclature de ces quelques pièces, nos lecteurs comprendront l’importance de cette découverte, qui permet de tirer quelques conclusions.
1) Les monnaies de la source de la Sorgue couvrent donc un espace d’environ deux siècles et demi, depuis la fin du Ier siècle avant Jésus-Christ, jusqu’au premier tiers du me siècle.
2) L’apport le plus intéressant de ces monnaies réside dans la confirmation de l’existence d’un culte de l’eau à la source de la Sorgue. Ces cultes des eaux sont bien représentés en Rouergue, comme dans le reste de la Gaule. Et ce culte des eaux s’inscrit dans une très longue tradition encore bien vivante aux XIXe et xxe siècles. Combien de sanctuaires chrétiens ont été élevés près de ces fontaines où venaient prier nos ancêtres païens, et combien de pèlerinages qui, aujourd’hui encore, se rattachent à la présence de ces sources, qui ne cessent de distribuer des bienfaits de tous ordres ?